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Psychologie

L'ego n'est pas votre ennemi : travailler sur soi est une force

Travailler sur soi ne consiste pas à devenir plus fragile. C'est souvent exactement l'inverse.

26 août 2026mis à jour le 28 août 202614 min de lecture
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Il faut parfois beaucoup plus de courage pour regarder ce qui se passe à l'intérieur de soi que pour continuer à avancer en serrant les dents.

Et je pense que cela mérite d'être dit particulièrement aux hommes.

Nous avons longtemps associé la force masculine à la capacité de tenir, d'encaisser, de contrôler, de ne pas trop montrer ses émotions, de résoudre seul ses problèmes. Être solide. Être fiable. Ne pas trop se plaindre.

Il y a évidemment quelque chose de précieux dans cette capacité à tenir debout.

Le problème commence lorsque tenir debout devient l'interdiction de regarder ce qui fait mal.

Demander de l'aide, parler de ses peurs, reconnaître qu'une situation nous dépasse, revenir sur certains comportements ou essayer de comprendre pourquoi nous réagissons toujours de la même manière ne sont pas des signes de faiblesse.

C'est parfois exactement ce que demande la force.

Il est assez facile de dire :

« Je suis comme ça. »

Il est beaucoup plus exigeant de se demander :

« Pourquoi suis-je devenu comme ça ? Est-ce que cela me sert encore aujourd'hui ? »

C'est précisément là que commence le travail sur soi.

Mais au fond, qu'est-ce que l'ego ?

Le mot ego est utilisé à toutes les sauces.

Dans certaines traditions spirituelles, l'ego représente l'identification excessive au personnage que nous croyons être : notre histoire, notre statut, nos opinions, notre image.

Dans le langage courant, quelqu'un qui « a beaucoup d'ego » serait prétentieux, narcissique ou incapable de reconnaître ses erreurs.

Et en psychologie, notamment dans la tradition psychanalytique, le Moi désigne quelque chose de beaucoup plus fondamental : une organisation psychique qui nous permet notamment de maintenir une certaine continuité de nous-mêmes, de composer avec la réalité, nos désirs, nos émotions et les contraintes du monde.

Freud écrivait :

« Le moi n'est pas maître dans sa propre maison. »

Et c'est probablement l'une des choses les plus désagréables — mais aussi les plus libératrices — que l'on puisse découvrir sur soi.

Nous ne décidons pas consciemment de tout ce que nous faisons. Nous sommes traversés par notre histoire, nos apprentissages, nos blessures, nos peurs, nos besoins, notre culture, notre famille, notre corps et quantité de mécanismes dont nous n'avons parfois absolument pas conscience.

L'ego n'est donc pas quelque chose qu'il faudrait supprimer. Nous avons besoin d'un ego.

Nous avons besoin de savoir que je suis moi et que tu es toi. Nous avons besoin de limites. D'une identité suffisamment stable. De pouvoir dire oui. De pouvoir dire non. De protéger notre intégrité. De prendre notre place. De construire des projets. De défendre ce qui compte pour nous.

Une personne sans structure psychique suffisamment solide ne serait pas une personne « spirituellement éveillée ». Elle serait en grande difficulté.

Le problème n'est donc pas d'avoir un ego. Le problème apparaît lorsque des mécanismes qui avaient autrefois une fonction protectrice deviennent rigides et continuent à fonctionner alors que le danger n'existe plus.

Mais protéger quoi ?

C'est là que cela devient intéressant.

Derrière beaucoup de comportements que nous appelons « ego » se cache en réalité une tentative de protection.

Protection contre quoi ? La honte. Le rejet. L'abandon. Le sentiment d'être inférieur. La peur d'être ridicule. L'impuissance. La perte de contrôle. La peur de ne pas être aimé. La peur de ne pas être suffisamment compétent. Parfois simplement la peur d'être vulnérable devant quelqu'un.

Imaginez un enfant qui apprend progressivement : « Quand je montre que je souffre, personne ne m'aide. » Il peut apprendre à ne plus montrer sa souffrance.

Un autre découvre : « Quand je réussis, on m'aime davantage. » Il peut devenir extrêmement performant.

Un autre : « Quand je contrôle tout, les mauvaises surprises arrivent moins souvent. » Il deviendra peut-être un adulte qui supporte difficilement l'incertitude.

Un autre encore : « Quand je fais rire tout le monde, personne ne voit que j'ai peur. » Il deviendra le type drôle.

Et tous ces comportements ont quelque chose d'intelligent. Ils ont fonctionné. Ils nous ont permis de nous adapter.

Le problème, c'est que nous pouvons avoir 40 ou 50 ans et continuer à utiliser un système de protection installé lorsque nous en avions 8.

Un vieux logiciel qui fonctionne encore en arrière-plan

Nous pouvons imaginer notre psychisme comme un système dans lequel certains programmes ont été installés progressivement. Certains sont très utiles. D'autres ont été créés dans des circonstances particulières. À l'époque, ils étaient parfaitement adaptés. Puis notre environnement a changé. Nous avons grandi. Mais personne n'a fait la mise à jour. Alors le programme continue à tourner.

Version 1997 toujours active en production.

Et évidemment, personne n'ose y toucher parce que « jusque-là ça marche ». Ceux qui travaillent dans l'informatique comprendront immédiatement le problème.

Le travail thérapeutique n'est donc pas nécessairement : « Il faut supprimer cette partie de moi. »

Il pourrait être : « Merci d'avoir essayé de me protéger. Maintenant regardons si j'ai encore besoin de cette stratégie. »

C'est très différent. C'est aussi, presque mot pour mot, la manière dont l'IFS propose de dialoguer avec nos différentes parts plutôt que de les combattre.

Comment l'ego apparaît-il dans la vie quotidienne ?

Pas forcément sous la forme d'un type qui roule en voiture de sport en expliquant à tout le monde combien il gagne. L'ego est beaucoup plus subtil.

Il peut apparaître lorsque j'ai absolument besoin d'avoir raison. Lorsque quelqu'un me critique et que je ressens immédiatement le besoin de me justifier. Lorsque je transforme une discussion en compétition. Lorsque je compare constamment ma réussite à celle des autres. Lorsque je refuse de demander de l'aide. Lorsque j'ai du mal à dire « je me suis trompé ». Lorsque je contrôle tout parce que j'ai peur que les choses m'échappent. Lorsque je plaisante dès qu'une conversation devient émotionnelle. Lorsque je deviens agressif parce que quelqu'un vient toucher une insécurité que je préférerais ne pas regarder. Lorsque je passe mon temps à expliquer intellectuellement ce que je ressens plutôt que de réellement le ressentir.

Mais l'ego peut aussi prendre exactement la forme inverse. Se faire constamment petit. Vouloir être aimé de tout le monde. Ne jamais dire non. Sacrifier systématiquement ses besoins. Devenir indispensable pour se sentir important. Se présenter comme quelqu'un qui « n'a pas d'ego ».

Même l'humilité peut parfois devenir une manière très sophistiquée d'avoir de l'ego. C'est assez drôle quand on commence à le voir.

Et l'ego féminin ?

On parle énormément de « l'ego masculin ». Probablement parce que certaines de ses manifestations sont particulièrement visibles : compétition, statut, domination, réussite professionnelle, difficulté à montrer sa vulnérabilité, besoin d'avoir raison ou volonté de contrôle.

Mais l'ego n'a pas de sexe. Hommes et femmes développent des mécanismes de protection psychologique. Ce qui peut changer, ce sont les formes que ces protections prennent sous l'influence de l'éducation, de la famille et des normes sociales.

Certains garçons ont appris : sois fort, ne pleure pas, gagne, débrouille-toi seul, montre que tu maîtrises.

Certaines filles ont davantage appris : sois gentille, sois jolie, fais plaisir, prends soin des autres, ne dérange pas, sois irréprochable.

Évidemment, ces modèles sont loin d'être universels et ils deviennent heureusement de moins en moins rigides. Mais ils laissent des traces.

L'ego peut donc chercher sa sécurité dans la puissance et la domination comme il peut la chercher dans la perfection, la séduction, le besoin d'approbation, le sacrifice ou le contrôle de la relation.

Sous des comportements très différents se trouve parfois exactement la même question : « Est-ce que j'ai suffisamment de valeur pour être aimé, respecté et en sécurité ? »

Travailler sur son ego ne signifie pas devenir mou

C'est probablement l'un des malentendus les plus importants.

Faire un travail sur soi ne signifie pas devenir quelqu'un qui analyse chacune de ses émotions pendant trois heures. Cela ne signifie pas non plus devenir incapable de se mettre en colère, perdre toute ambition ou accepter tout ce que les autres nous font.

Au contraire. Un ego plus mature permet souvent d'être beaucoup plus ferme. Parce que l'on n'a plus besoin de jouer au dur.

On peut dire « non » sans hurler. « Je ne suis pas d'accord » sans mépriser l'autre. « Là, tu m'as blessé » sans avoir honte. « Je ne sais pas » sans se sentir diminué. « J'ai besoin d'aide » sans se sentir faible.

Et peut-être la phrase la plus difficile : « Je crois que je me suis trompé. »

Cette dernière demande parfois un ego beaucoup plus solide que celui qui cherche absolument à avoir raison.

« Connais-toi toi-même »

Cette formule inscrite à Delphes traverse plus de deux millénaires de philosophie. Et elle reste probablement l'une des meilleures définitions du travail psychologique.

Connais-toi toi-même. Pas juge-toi toi-même. Pas déteste les parties de toi que tu trouves imparfaites. Encore moins détruis ton ego.

Comprends-toi.

Pourquoi certaines situations déclenchent-elles une réaction disproportionnée ? Pourquoi ai-je besoin que cette personne m'approuve ? Pourquoi est-ce si difficile pour moi d'être contredit ? Pourquoi est-ce que je me ferme lorsque quelqu'un devient trop proche ? Pourquoi dois-je toujours tout contrôler ? Pourquoi ai-je autant besoin de réussir ? Pourquoi est-ce que certaines critiques me touchent pendant trois jours alors que d'autres glissent complètement sur moi ?

Ces questions ouvrent des portes.

La manière dont nous abordons cela en Sophia-thérapie

Dans l'approche que j'appelle Sophia-thérapie, l'idée n'est pas de partir à la chasse aux défauts. Nous cherchons plutôt à comprendre la cohérence de la personne, en distinguant comprendre, vivre et intégrer — parce qu'un comportement étrange aujourd'hui peut avoir été parfaitement logique hier.

Nous pouvons alors regarder plusieurs dimensions en même temps : notre histoire personnelle, nos expériences d'enfance, nos émotions, nos réactions corporelles, nos relations, nos croyances, notre manière de donner du sens aux événements, les personnages que nous avons appris à jouer, et parfois des dimensions plus symboliques, existentielles ou spirituelles de notre expérience.

La question n'est donc pas uniquement : « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Mais plutôt : « Qu'est-ce que mon système essaie de faire pour moi ? » Et ensuite : « Est-ce encore nécessaire ? »

Cette deuxième question change énormément de choses.

Comment commencer concrètement ?

Déjà : il faut le vouloir. On ne force pas quelqu'un à se regarder.

On peut lire cinquante livres de développement personnel et continuer à reproduire exactement les mêmes comportements pendant vingt ans. Parce que comprendre intellectuellement quelque chose n'est pas encore le transformer.

Le véritable travail commence souvent dans les petites situations du quotidien.

La prochaine fois que quelque chose vous fait réagir fortement, essayez simplement de ne pas vous arrêter à : « Quel con celui-là. » Même si, précisons-le, il est parfois effectivement possible que l'autre soit un con.

Ajoutez simplement une deuxième question : « Pourquoi ce qu'il vient de faire me touche autant ? »

Puis : « Qu'est-ce que je ressens exactement ? » « Qu'est-ce que je suis en train de protéger ? » « Qu'est-ce que j'ai peur que cela dise de moi ? » « Est-ce une menace réelle aujourd'hui, ou une ancienne réaction qui vient de se rallumer ? » « Quelle serait ma réponse si je n'avais rien à prouver ? »

Cette dernière question est particulièrement intéressante.

Faire une mise à jour

Prenons un exemple.

Un homme a appris très jeune qu'il devait toujours se débrouiller seul. Cela lui a donné une immense autonomie. Il travaille. Il gère. Il organise. Il prend des responsabilités. Cette stratégie lui a probablement beaucoup apporté.

Mais vingt ans plus tard, lorsqu'il traverse une période difficile, il ne demande toujours rien à personne. Il se fatigue. Il devient irritable. Il s'éloigne de sa compagne. Puis il finit par exploser.

Son autonomie n'est pas le problème. Elle est même une qualité. Le problème est la règle inconsciente qui l'accompagne : « Si j'ai besoin des autres, je suis faible. »

Le travail ne consiste donc surtout pas à supprimer son autonomie. Il consiste à faire évoluer la règle. Par exemple : « Je suis capable de me débrouiller seul, mais je peux aussi choisir de m'appuyer sur quelqu'un lorsque j'en ai besoin. »

Nous n'avons rien détruit. Nous avons simplement ajouté une possibilité. C'est cela, une mise à jour.

De la réaction automatique au choix

C'est peut-être ainsi que je définirais le plus simplement le travail sur soi : augmenter l'espace entre ce qui nous arrive et la manière dont nous y répondons.

Au début : événement → réaction.

Puis progressivement : événement → émotion → observation → compréhension → choix.

Nous restons humains. Nous continuons à nous énerver. À avoir peur. À être jaloux. À nous vexer. À vouloir gagner. À raconter parfois des absurdités pour éviter de reconnaître que nous avons tort.

La différence est que nous commençons à nous voir faire. Et à cet endroit précis apparaît une liberté nouvelle.

Psychologie, philosophie et spiritualité se rejoignent ici

La psychologie demande : quels mécanismes construisent mes réactions ?

La philosophie demande : quelle personne ai-je envie de devenir ?

La spiritualité peut ajouter : suis-je uniquement ce personnage que je défends avec autant d'énergie ?

Ces trois questions ne s'opposent pas. Elles peuvent merveilleusement dialoguer. La psychologie permet de comprendre la structure. La philosophie aide à choisir une direction. La spiritualité peut nous apprendre à ne pas nous identifier complètement à notre histoire.

Mais attention à ne pas utiliser la spiritualité pour fuir la psychologie.

Dire « je dois dépasser mon ego » peut parfois être beaucoup plus confortable que reconnaître « j'ai terriblement peur d'être rejeté ». La deuxième phrase est généralement beaucoup plus intéressante.

Rimbaud écrivait : « Je est un autre »

Nous sommes à la fois celui qui vit l'expérience et celui qui peut progressivement apprendre à l'observer. Cette capacité est fondamentale, parce qu'à partir du moment où je peux observer une réaction, je ne suis déjà plus complètement cette réaction.

Je peux remarquer : « Tiens, je suis en train de vouloir avoir raison. » « Je sens que je me ferme. » « Cette remarque vient toucher quelque chose. » « Je suis en train de me défendre alors que personne ne m'attaque vraiment. »

Ce petit pas de côté change tout. Non pour devenir un observateur détaché de sa propre vie, mais au contraire pour y participer plus consciemment.

Alors oui, messieurs : aller voir un thérapeute peut être un acte de force

Pas parce que les hommes seraient plus abîmés que les femmes. Mais parce que certains d'entre nous ont appris très tôt que montrer leurs fragilités menaçait leur identité.

Il faut parfois beaucoup de courage pour entrer dans une pièce et dire simplement : « Il y a quelque chose que je ne comprends pas chez moi. » Ou : « Je ne veux plus fonctionner comme ça. » Ou encore : « Tout va à peu près bien dans ma vie, mais j'aimerais mieux me connaître. »

Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'aller mal pour travailler sur soi. On entretient son corps avant qu'il ne tombe en panne. On met à jour ses logiciels. On révise sa voiture. Il serait assez étrange de considérer que notre manière d'aimer, de travailler, de communiquer, d'élever nos enfants, de gérer nos peurs ou de donner du sens à notre existence devrait fonctionner toute une vie sans jamais nécessiter la moindre révision.

Le but n'est pas d'avoir moins d'ego. Le but est d'avoir plus de liberté.

Un ego suffisamment solide pour ne pas devoir constamment se défendre. Suffisamment souple pour changer d'avis. Suffisamment sécurisé pour reconnaître une erreur. Suffisamment mature pour poser ses limites. Suffisamment tranquille pour ne pas avoir besoin de rabaisser les autres. Suffisamment ouvert pour aimer sans posséder. Suffisamment conscient pour distinguer une ancienne blessure d'un problème réellement présent. Et suffisamment humble pour comprendre que ce travail n'est probablement jamais totalement terminé.

Parce qu'il ne s'agit finalement pas de devenir quelqu'un d'autre. Il s'agit peut-être simplement de découvrir ce qui reste de nous lorsque nous n'avons plus autant besoin de nous protéger.

Et ça, ce n'est pas une faiblesse. C'est une sacrée aventure.

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Écrit par Benjamin Gaillon — thérapeute existentiel et praticien en Sophiathérapie, également directeur des systèmes d'information et de l'organisation d'une fondation, ancien CTO.Qui je suis.

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