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Société & IA

À l'heure de l'intelligence artificielle, que reste-t-il de profondément humain ?

L'intelligence et la connaissance deviennent abondantes. La présence, elle, ne s'automatise pas.

20 août 2026mis à jour le 28 août 20264 min de lecture
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Il y a quelque chose d'étrange à écrire ce texte avec l'aide d'une intelligence artificielle. Ce n'est pas une contradiction que je cherche à cacher — c'est plutôt le point de départ le plus honnête que j'ai trouvé pour parler du sujet.

Ce qui devient abondant

Pendant longtemps, savoir des choses était rare. Comprendre un mécanisme, formuler une hypothèse, rédiger un texte clair : tout cela demandait du temps, des études, un accès à des ressources. Une bonne partie de la valeur d'un professionnel — thérapeute, avocat, enseignant, ingénieur — tenait à cette rareté-là.

Ce n'est plus vrai, ou en tout cas beaucoup moins. Un modèle de langage peut résumer un livre, expliquer un concept de psychologie, esquisser une thérapie brève, en quelques secondes. Ce n'est pas parfait, ce n'est pas toujours fiable, mais c'est massivement disponible. Et cette disponibilité change quelque chose d'assez profond dans ce que les humains ont à s'apporter les uns aux autres.

Ce qui ne s'automatise pas

Ce qui ne devient pas abondant, en revanche, c'est la présence. Être réellement là, avec quelqu'un, dans ce qu'il traverse — pas en train de produire une réponse optimale, mais en train d'être affecté, à sa mesure, par ce que l'autre vit. Un modèle peut simuler l'empathie dans le ton d'une phrase. Il ne peut pas être changé par la rencontre. Et une part de ce que nous cherchons, quand nous allons voir quelqu'un plutôt que de chercher une réponse, c'est précisément ça : ne pas être seul face à une information, mais accompagné dans une expérience.

Il y a aussi le discernement. Pas la capacité à produire une réponse plausible, mais la capacité à sentir quelle réponse est juste, ici, maintenant, pour cette personne précise — y compris quand cela veut dire ne pas répondre tout de suite, ou répondre autre chose que ce qui a été demandé. C'est un jugement incarné, situé, qui se construit dans l'expérience vécue et pas seulement dans l'accès à l'information.

Un exemple : la salle et l'écran

Quelqu'un traverse une période difficile. Il peut ouvrir une application et décrire sa situation : il obtiendra, en trente secondes, une synthèse correcte de ce qui lui arrive, des pistes, des exercices. C'est réel, et parfois utile.

Ce qu'il n'obtiendra pas : quelqu'un qui remarque que sa voix a changé quand il a prononcé un certain prénom. Quelqu'un qui choisit de se taire au bon moment. Quelqu'un qui, la fois suivante, se souvient de ce détail et y revient. Quelqu'un devant qui on peut poser une chose qu'on n'a jamais dite à voix haute, et voir sur son visage que ça ne l'a pas fait fuir. La valeur n'est pas dans l'information échangée — elle est dans le fait d'être deux.

Ce que ça change pour choisir un accompagnant

Si l'information ne suffit plus à distinguer un bon accompagnant, alors les critères se déplacent : sa capacité à être présent, à reconnaître ce qui dépasse son champ et à orienter, la clarté de son cadre, l'honnêteté sur ce qu'il ne sait pas. C'est aussi pour ça qu'il reste utile de comprendre qui fait quoi entre psychologue, psychiatre, psychothérapeute et hypnothérapeute : le titre ne dit pas tout, mais il dit le cadre légal dans lequel la personne travaille.

Le même mouvement, dans les organisations

Ce qui vaut pour une relation d'accompagnement vaut, en plus grand, pour les organisations. Quand l'IA rend abondantes la synthèse, la coordination et la première rédaction, ce qui prend de la valeur, c'est ce qu'elle ne fait pas : donner une direction, créer de la confiance, développer les personnes, arbitrer. Les organisations qui placeront l'humain au centre de ce virage sont celles qui le prendront vraiment — un sujet que je travaille côté entreprises dans le conseil IA & organisation.

Ni technophobe, ni naïf

Je ne crois pas que l'intelligence artificielle soit une menace à combattre, ni un progrès à célébrer sans discernement. C'est un outil, puissant, qui déplace où se trouve la valeur humaine plutôt que de la supprimer. Utilisée pour mettre en forme, dégrossir, structurer — comme je le fais moi-même pour une partie de mes contenus — elle libère du temps pour ce qui compte vraiment : la relation, la présence, le temps passé ensemble sans autre but que d'être là.

C'est une bonne partie de ce que Human Lab essaie de construire : un lieu où la technologie sert la rencontre humaine, plutôt que de s'y substituer.

Ce qui reste à faire, humainement

Reste alors une question simple et un peu inconfortable : si l'intelligence devient abondante, qu'est-ce qui, en nous, mérite encore d'être cultivé ? Probablement pas la capacité à savoir plus vite. Plutôt la capacité à être présent plus profondément — à soi, aux autres, à ce qui se passe réellement dans une rencontre. C'est un chantier qui ne se délègue à rien ni à personne. Cela commence peut-être par une question plus simple encore : où va notre attention, et qui décide de sa destination ?

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Écrit par Benjamin Gaillon — thérapeute existentiel et praticien en Sophiathérapie, également directeur des systèmes d'information et de l'organisation d'une fondation, ancien CTO.Qui je suis.

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