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Conscience

Respiration holotropique et psychédéliques : ce qui les rapproche, ce qui les sépare

Deux voies vers des états de conscience non ordinaires — un même territoire, des chemins biologiques et légaux très différents.

28 août 20265 min de lecture
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La comparaison entre respiration holotropique et psychédéliques revient forcément, parce que les deux peuvent ouvrir des états de conscience non ordinaires. Autant la faire sérieusement. La page Respiration holotropique explique la méthode elle-même et comment je l'accompagne ; ce texte-ci se concentre sur la comparaison.

Deux chemins biologiques différents

Les deux voies peuvent ouvrir des états de conscience non ordinaires, mais elles n'empruntent pas du tout le même chemin biologique. Les psychédéliques agissent sur des récepteurs sérotoninergiques précis du cerveau. La respiration holotropique, elle, fonctionne par une hyperventilation prolongée, qui modifie les niveaux d'oxygène et de CO2 dans le sang.

Des recherches suggèrent aussi que l'activité du réseau du mode par défaut du cerveau — impliqué dans le sentiment de « soi » — ne serait pas affectée exactement de la même façon selon la voie empruntée, même si la recherche sur la respiration holotropique reste nettement moins fournie que celle sur les psychédéliques.

Une différence plus pratique, et tout aussi réelle : une séance de respiration holotropique demande de maintenir soi-même, activement, une hyperventilation soutenue pendant une durée prolongée. En toute honnêteté, c'est un exercice que je trouve moi-même plutôt fastidieux à pratiquer. Ce qui ne m'empêche pas de le proposer quand il a du sens pour quelqu'un : un outil n'a pas besoin de me plaire personnellement pour être utile à quelqu'un d'autre.

D'où vient le mot « psychédélique » ?

Le mot est inventé en 1956 par le psychiatre Humphry Osmond, dans une lettre à l'écrivain Aldous Huxley (l'auteur du Meilleur des mondes, qui avait lui-même expérimenté la mescaline). Il est construit à partir du grec psyché (l'esprit, l'âme) et dêloun (manifester, rendre visible) — donc, littéralement, « qui manifeste l'esprit ». Ce n'est ni un mot médical neutre, ni un mot marketing : c'est une tentative, à l'époque, de sortir du terme « hallucinogène », jugé trop réducteur et négatif.

Et « enthéogène » ?

Ce mot plus récent (1979) a été proposé par un groupe de chercheurs pour désigner l'usage de certaines substances dans un cadre traditionnel, sacré ou rituel — le peyotl chez les Huichols au Mexique, l'ayahuasca en Amazonie, certains champignons à psilocybine dans des traditions mésoaméricaines. Construit sur le grec entheos (qui a le dieu à l'intérieur) et genesthai (engendrer), il signifie « qui engendre le divin à l'intérieur ». Je le mentionne par honnêteté intellectuelle et par respect pour ces traditions — sans en faire une affirmation métaphysique que je validerais moi-même.

La « renaissance psychédélique », c'est quoi ?

Après les recherches de la génération de Grof, la prohibition a mis un terme à quasiment toute recherche légale pendant plusieurs décennies. Depuis le début des années 2000, des programmes de recherche universitaire ont rouvert ce champ, dans un cadre clinique strictement encadré. Pour qui veut aller plus loin sans y perdre son latin, le livre de Michael Pollan Comment changer d'esprit (How to Change Your Mind, 2018) et son adaptation en série documentaire sur Netflix sont une excellente porte d'entrée grand public sur cette histoire.

Trois terrains concentrent l'essentiel des travaux. Je donne les ordres de grandeur avec leurs conditions, parce qu'un chiffre sorti de son protocole ne veut rien dire :

L'anxiété face à la mort

C'est le résultat le plus solide de ce champ. Deux essais randomisés publiés simultanément en 2016 — Johns Hopkins (51 participants, équipe de Roland Griffiths) et NYU (29 participants, équipe de Stephen Ross) — ont porté sur des patients atteints de cancer souffrant d'anxiété et de dépression. Une séance unique de psilocybine, à dose élevée et accompagnée, a produit des réductions cliniquement significatives chez environ 60 à 80 % des participants, encore mesurables six mois plus tard.

La dépression résistante

Résultats prometteurs mais plus nuancés. Un essai de 2022 (233 participants, psilocybine synthétique) a montré une amélioration significative à trois semaines par rapport à une dose témoin. Mais un essai de 2021 à l'Imperial College (59 participants) comparant psilocybine et escitalopram, un antidépresseur courant, n'a pas trouvé de différence statistiquement significative sur son critère principal. Autrement dit : quelque chose se passe, la recherche ne sait pas encore exactement quoi ni pour qui.

Les addictions

Une étude pilote de Johns Hopkins (2014) sur le sevrage tabagique rapporte 80 % d'abstinence vérifiée biologiquement à six mois — mais sur 15 personnes seulement, sans groupe contrôle. C'est un signal, pas une preuve. Un essai randomisé de 2022 sur le trouble de l'usage d'alcool (93 participants) a montré une réduction des jours de forte consommation.

Ce que ces travaux ne disent pas : qu'il s'agirait de « taux de guérison ». Ce sont des réductions de scores cliniques, sur des échantillons souvent restreints, avec un accompagnement psychothérapeutique intensif avant et après — c'est d'ailleurs peut-être là que se joue une bonne part du résultat.

Reste une question qu'on pose rarement : pourquoi maintenant ? Je crois que ce n'est pas un hasard. La recherche s'est intensifiée au moment précis où la souffrance psychique explose à l'échelle mondiale, où les traitements existants montrent leurs limites sur une partie des personnes, et où l'on redécouvre que l'angoisse de mort, la perte de sens et l'isolement ne sont pas des maladies mais des questions humaines. Ce champ ne rouvre pas par curiosité scientifique. Il rouvre parce qu'on cherche.

Existe-t-il des cadres légaux pour vivre ça réellement ?

Oui, dans certains pays. Les Pays-Bas, par exemple, disposent de programmes légaux proposés en retraite (via un statut particulier des truffes à psilocybine, différent de celui des champignons). Cela reste, en pratique, souvent assez peu accessible financièrement. Et dans tous les cas, une expérience psychédélique réelle nécessite un encadrement par des guides expérimentés et formés — ce n'est ni un jeu, ni quelque chose à improviser.

Ce que je propose, et ce que je ne propose pas

Ce que la recherche explore avec des substances, dans des protocoles hospitaliers, n'est pas ce que je propose. Je travaille par la respiration — sans aucune substance, dans un cadre légal, et sans promesse d'effet thérapeutique. Si les travaux ci-dessus m'intéressent, c'est pour ce qu'ils disent des états holotropiques en général, pas parce que j'en proposerais l'équivalent.

Je ne fournis ni n'administre de substances psychédéliques illicites. Je n'indique pas où s'en procurer. Je n'organise ni ne facilite aucune consommation. Je ne promets aucun effet thérapeutique, pour la respiration holotropique comme pour toute autre méthode.

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La respiration holotropique, en pratique

Écrit par Benjamin Gaillon — thérapeute existentiel et praticien en Sophiathérapie, également directeur des systèmes d'information et de l'organisation d'une fondation, ancien CTO.Qui je suis.

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